
Contrairement à plusieurs, mon choc culturel je l'ai vécu surtout à mon retour en sol québécois. Je savais que de me retrouver à nouveau dans ma routine, serait difficile, mais je ne pouvais imaginer comment les gens me manqueraient. Pour moi, ce ne sont pas des Dominicains, ce sont Juan Carlos, Emilio, Diory, Darline, Wendy, Yadira, Franklin, ce sont des êtres que j'aime, qui ont fait partie de ma vie pendant ces deux mois de vie riche en émotions. Ce sont ceux qui m'ont souri quand j'en avais besoin, qui m'ont aidé, soutenu, aimé et accueilli à bras ouverts. Ils m'ont offert un visage de la République Dominicaine. Un stage en immersion dans une famille c'est si dense et riche que les relations qui s'y créent sont l'essence même de l'expérience vécue.
Quand tu entends chaque matin les enfants chuchoter car ils te pensent endormi, quand l'homme de la maison, chaque soir va chercher ses outils ou des objets de son quotidien et te les nomme afin d'enrichir ton vocabulaire espagnol ou lorsque que cette Dominicaine, qui t'accueille, se lève en pleine nuit pour te laisser la lampe à l'huile afin de diminuer ta peur face aux rats qui partage ton lit, tu te dis que oui, ils sont de ta famille. Ils ne sont pas juste tes hôtes, ce sont tes parents, tes frères. Ils sont là pour toi et seraient prêts à donner tout ce qu'ils possèdent pour ton bien-être.
Les discussions et plaisanteries partagées avec les gens de la communauté dans les champs resteront toujours des moments forts importants. C'est à travailler la terre, celle qui les nourrit et leur permet de survivre, que j'ai pu découvrir la vision des hommes et les relations qu'ils entretiennent entre eux. Je revois encore les yeux de Bene, un monsieur dans la soixantaine, un passionné de son métier d'agriculteur, m'expliquer les parties d'un plant d'avocat et les soins qu'il nécessite. Quelle joie il avait de partager son savoir avec moi, la blanche venue de si loin pour être là, à ses côtés sur sa parcelle de terre.
Que dire des enfants de l'école? Qu'ils sont indisciplinés, impolis, turbulents, impatients? Non. Cela serait porté un jugement négatif sur un milieu d'éducation très différent où la discipline est tout autre. Ils sont surtout plein d'énergie, de joie de vivre, curieux de découvrir de nouveaux jeux, une nouvelle langue. Fonceur, ils ont confiance en eux et rien n'est à leur épreuve. Quant aux adolescents du lycée, songeurs, ils me partageaient leurs rêves : celui de quitter, d'aller vivre dans un pays riche où leur avenir leur semble plus prometteur. Pour d'autre, la poursuite de leurs études au niveau universitaire est primordiale. Ils veulent approfondir leurs connaissances afin d'avoir accès à un emploi qui leur permettraient de répondre aux besoins de leur famille. Curieux de connaître ma vie à la canadienne, ils m'interrogeaient. Ils voulaient en savoir plus sur les relations égalitaires entre les hommes et les femmes, sur notre système d'éducation, sur les libertés qui nous sont offertes, etc.
Pour échanger avec la communauté, le colmado était tout à propos. Toutes ces soirées passées dans ce lieu de rassemblement pour acheter de la nourriture, de l'alcool, pour danser ou jouer au domino... ce petit espace était l'endroit rêvé pour observer la faune dominicaine. On pouvait y découvrir leur façon d'être ensemble, d'interagir, d'entrer en contact avec les autres. Il habitait de nombreuses réflexions et échanges entre nous et les jeunes de notre âge. Ceux-ci répondaient à nos questionnements tout en nous informant sur les différents traits de leur culture. Lieu de fête, le colmado représente la vie dominicaine : bruyante, joyeuse, pleine de vie, de musique, de bachatas et de merengue! J'entends encore le joyeux rire de nos amis dominicains qui dans les champs nous écoutaient baragouiner leurs chansons espagnoles si populaires ou nous regardaient pratiquer nos pas de danse à huit heures du matin ! C'est des instants, des clins d'œil d'une vie qui marquent.
Je ne reviens pas au Québec avec de belles images de sable et d'eau turquoise, mais bien avec celles de sourires, d'accolades, de vigoureuses poignées de main. Elles me rappellent tout l'amour et l'accueil qui m'a entouré dans ce pays à la chaleur humaine contagieuse. La complicité qui m'unissait à plusieurs d'entre eux me manque. Je me dois de me rappeler tous ces instants et d'aller y puiser l'énergie et la joie de vivre qui animent mes actions de sensibilisation ici, dans mon milieu. Je veux partager mon expérience, leur faire découvrir les richesses de ce peuple. Enfin, je désire alimenter la réflexion collective quant à la portée de nos gestes sur les pays en voie de développement. Portons attention à nos choix de consommation qui ont de nombreuses répercussions sur la vie de ces gens que j'aime.