
27 Janvier 2006… Suite à quelques jours d'acclimatation passés dans la capitale de la République Dominicaine, on allait enfin aller vers le village qui serait notre petit chez nous pour quelques semaines. Ce matin-là, tous entassés dans la camionnette, on était prêt à commencer notre expérience.
Je me souviendrai toujours de l'ambiance qui régnait dans la camionnette. En temps normal, les commentaires et les blagues fusaient de toute part, les conversations s'entrecoupaient, les exclamations sur la beauté du paysage qui défilait sous nos yeux... Mais ce matin-là, rien n'était pareil pour nous les stagiaires. L'inconnu nous attendait. Tous collés les uns aux autres dans la petite camionnette, on aurait pu entendre une mouche voler. On était tous perdus dans nos pensées. Pour ma part, je cogitais à ce qui m'avait incité à m'inscrire à ce stage, à ce que je pouvais venir chercher et donner dans ce pays magnifique… Pendant le trajet, plus on semblait s'approcher de notre village, plus j'analysais tout sur mon passage; les paysages, les gens, les maisons, j'essayais de me faire une image de ce qui m'attendait…
J'allais être confrontée à une nouvelle réalité, une nouvelle culture, à ses différences et ses ressemblances avec la nôtre, une nouvelle langue, enfin, tous des facteurs qui, mis en relation, signifient beaucoup d'adaptation… Difficile d'expliquer tout ce qui a pu passer dans mon esprit pendant les trois heures du voyage...
Arrivée sur place, dès que j'ai mis un pied par terre, ces questionnements se sont évaporés instantanément… La force du moment, oui la force du moment était si intense, pas le temps de réfléchir, seulement d'apprécier ce qui s'offrait à moi. Les gens de la communauté s'étaient déplacés pour venir nous accueillir et leurs sourires, leurs accolades, leur gentillesse, leur patience ont fait en sorte d'effacer mes inquiétudes. J'ai compris ce qui m'avait incité à aller en République Dominicaine en voyant tous ces gens…
Pendant les semaines passées là-bas, cette communauté m'a ouvert grand les bras. Assis sur ma petite chaise de bois à regarder ces gens, à partager leur quotidien, cela m'a ouvert les yeux sur bien des aspects de la vie, ça m'a fait réfléchir, me remettre en question. J'ai fait beaucoup d'apprentissages en peu de temps seulement à les côtoyer. Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire les gens que j'ai rencontré dans cette communauté, je pourrais sans équivoque dire que ce sont des personnes chaleureuses, dotées d'une ouverture impressionnante, d'une simplicité exemplaire et chez qui le partage est d'une importance capitale.
24 mars 2006… Entassés dans une camionnette, on entendait quasiment une mouche volée… En route vers l'aéroport, je regarde les palmiers défiler devant moi, ce dernier voyage en " guagua " signifiait que j'allais rejoindre la réalité québécoise dans quelques heures. Dans la camionnette, je ne regarde plus la République Dominicaine avec les mêmes yeux qu'il y a deux mois lors de mon arrivée… Je sens que je laisse derrière moi une partie de moi-même, de nombreux moments vécus avec intensité, des gens dont j'ignore si notre futur se recroisera mais qui ont su laisser une marque jusque dans mon for intérieur, un pays dans lequel je me sentais quasiment comme chez moi. C'est le cœur rempli de tristesse que je vis ces derniers moments tout en étant fière de ramener avec moi de nouvelles valeurs ou bien d'en avoir solidifiées certaines. Dans mes bagages, je ramène non seulement du matériel mais d'innombrables acquis. Parmi ceux-ci, cette expérience m'a fait réaliser entre autre chose que la recherche du bonheur pouvait paraître la quête d'une vie, pourtant maintenant j'ai beaucoup plus de facilité à voir qu'il réside dans toutes les petites choses de la vie et je sais davantage apprécier chaque moment. Je suis fière de moi en repensant à mes appréhensions du départ et de voir que j'ai réussi à bien m'adapter, je suis réjouie d'avoir réussi à suivre ma ligne de pensée de vivre intensément chaque moment, je suis reconnaissante d'avoir eu la chance de participer à une expérience de coopération internationale et ravie d'y avoir sauter à pieds joints.
En fait, pendant le chemin du retour, cette sensation de tristesse s'est rapidement résorbée et transformée en un sourire en coin… sourire en coin en repensant à tout ce que j'ai vécu pendant ces 60 jours… 60 jours qui changeront à jamais ma vision de la vie, des gens, de la réalité Nord-Sud … 60 jours qui auront un impact à jamais sur moi!