Au cœur de l'île, l'envers du décor

Par Julie Bouchard

Le regard se perd à l'horizon d'un océan bleu azur bordé de plages de sable blond où se nichent des complexes hôteliers tous plus impressionnants les uns que les autres. Les palmiers, le soleil, les cocktails, la nourriture en abondance, le repos, la danse, la fête ; une petite escapade en catamaran ou une excursion de plongée sous marine, bref voilà ce que représente la République Dominicaine pour de nombreuses personnes allant y passer quelques jours de vacances soit disant bien méritées. Cet oasis exotique et luxuriant cache un tout autre décor, un décor non méconnu, mais dont on fait abstraction, car il enlèverait au charme de la chose…

Des petites maisons de tôle affaissées ou trouées, "sin electricidad", qu'on croirait abandonnées, mais où se cachent dans l'ombre des jeunes enfants ; des enfants qui courent pieds nus sur la terre battue, autour de la maison des poules et des cochons en liberté, clôturée de barbelés où sèchent les vêtements fraîchement lavés, une femme transportant un récipient d'eau sur sa tête ; des hommes à dos de mules et un "pick-up" bleu, Chevrolet 1957 bondé. C'est aussi la chaleur, les klaxons ; les déchets stagnants un peu partout. Mais il ne faut pas oublier tous ces sourires et ces accolades, ces éclats de rire et ces soirées de danse. Voilà le vrai visage de la République, un peuple fier et digne, d'un accueil particulièrement chaleureux. Certains diront : ils apprécient la simplicité de la vie, ils sont heureux et comprennent le sens des vraies valeurs. Il ne faut pas oublier l'envers du décor : pauvreté, pollution, exploitation, tourisme sexuel, suicides, drames familiaux. Là-bas, tout n'est pas qu'exotisme/érotisme…

Ce stage réalisé de janvier à mars 2006, dans la région des montagnes et plus particulièrement dans deux petites communautés rurales nommées Palo de Caja, et Nizao m'a menée à des réflexions portant entre autre sur la condition et la place des femmes dans le monde. En effet, il est faux de croire que l'égalité entre les sexes est atteinte. Dans le contexte de mondialisation néolibérale l'écart entre les hommes et les femmes et entre les riches et les autres se creuse ainsi, la situation des femmes continue de se détériorer. Il est vrai qu'au Québec, de grands pas ont été fait dans ce domaine, bien que le travail à temps partiel soit massivement féminin et que les femmes vivent de la discrimination sur le plan salariale, dans l'accès aux possibilités de carrière, de formation et de poste d'autorité. Partout dans le monde, les femmes sont moins rémunérées que les hommes, ont moins de bénéfices et ont des journées de travail plus longues. Elles ont également pour la plupart des responsabilités familiales plus importantes et sont souvent menacées de violence. La situation des femmes, surtout dans les pays pauvres, continue à se détériorer. Dans les pays du Sud, les femmes sont souvent condamnées à l'exécution de travaux sous-payés où elles peuvent être victimes de violence physique ou sexuelle, car elles doivent faire face à la pénurie d'emplois.

En ce qui concerne la condition des femmes en République Dominicaine, elles constituent le groupe le plus vulnérable et le plus désavantagé dans la société et l'économie dominicaine. Depuis les 20 dernières années, nombreuses sont celles qui sont entrées sur le marché du travail, mais elles sont très touchées par le chômage et le travail précaire. Elles sont très présentent dans le service domestique qui n'offre aucune garantie sociale et juridique. De plus, 30 % des femmes élèvent leurs enfants sans le soutien d'un conjoint, une situation qui s'est beaucoup accentuée dans les Caraïbes. La situation économique et sociale des femmes est un puissant incitateur à la prostitution. Elle est donc devenue un moyen évident de gagner de quoi élever ses enfants : le salaire d'une prostitué peut dépasser celui des gérants d'hôtels ou des employés d'usine. La République Dominicaine est une destination majeure de tourisme sexuel. Les touristes eux-mêmes participent souvent au trafic de prostitués.

Élargir la participation des femmes aux activités de développement de la communauté demeure une approche importante à prioriser lors de projets de coopération internationale avec pour objectif de promouvoir l'égalité entre les sexes. Il reste beaucoup à faire en République Dominicaine pour changer les mentalités. La vie des hommes est fortement influencée par le genre. Il existe des normes culturelles et sociales reliées à la masculinité qui confinent les hommes à certains rôles sociaux tels que leader, mari, fils, pourvoyeur, ce qui les empêche parfois de réaliser pleinement leur potentiel humain dans d'autres domaines. Non seulement il est important de continuer à promouvoir l'égalité entre les sexes, mais également l'égalité entre les êtres humains. À l'échelle mondiale, l'écart entre les riches et les pauvres est grandissant, et la République Dominicaine n'y fait pas exception.